Yannick était une personne aux qualités terriblement rares mais si précieuses : le dévouement total à sa conviction et le désintéressement personnel au profit du collectif et d’un objectif plus grand.
Je garderai quelques leçons précieuses de nos échanges, son courage et surtout, un grand respect et une admiration profonde envers lui.
J’adresse mes condoléances à ses proches et une pensée particulière à mes anciens collègues à l’IAP et dans le consortium Euclid.
Audrey LR
Yannick nous a passionné avec ses conférences de vulgarisation sur l'énergie sombre et Euclid. Nous sommes tous très tristes.
JP Sadoulet
Bernard Fort était venu avec Mireille finir sa carrière au LERMA, et nous nous retrouvions souvent à la cantine, avec Fabienne aussi, pour manger avec Yannick. Sa gentillesse et son absence totale de vanité étaient un bonheur. Nos repas étaient très joyeux. Je me souviens de sa joie presque enfantine quand il nous présenta une clé USB de 128 Mo (peut-être moins ?) qui venait de sortir alors que nous étions encore à nous battre avec des disquettes "haute-densité" de 2.8 Mo dont la fiabilité était toute relative. Puis petit à petit, il n'a plus eu le temps de venir à la cantine. Je l'ai trouvé alors dans son bureau, quasiment dans le noir, à manger des sandwichs. Il n'avait plus le temps me dit-il, comme il n'avait plus le temps de répondre au téléphone. Ce bureau plongé dans l'ombre donnait l'impression qu'il s'était transformé en ermite pour ne plus se consacrer qu'à Euclid. Ainsi j'ai fini par le perdre de vue. J'ai peur que le travail l'ait dévoré autant que le cancer.
Mon dernier souvenir a été une rencontre fugace : vers une heure du matin je me dirigeais vers l'Observatoire pour aller faire des observations à distance depuis mon bureau, et en passant dans une toute petite rue du XIVe, 30 m de long, une voiture s'arrête et Yannick en sort pour atteindre le porche devant lequel je passais. Nous nous sommes reconnus et avons éclaté de rire et il m'a dit dans un grand sourire : "la probabilité de cet évènement est nulle" et il s'est engouffré dans son immeuble. J'en ai gardé un souvenir joyeux et ainsi c'est la meilleure image que j'ai de Yannick et que j'emmènerai avec moi.
Aux observateurs d'Euclid : regardez bien vos données, peut-être que dans un coin du ciel les déformations que vous mesurerez auront la forme du sourire de Yannick! C'est le dernier "clin d'oeil" qu'il vous adressera de là-haut.
Laurent Pagani
Cher Yannick
Ton parcours scientifique, marqué par l’excellence et la passion, a inspiré ton équipe et notre communauté. Ton humanité et ta bienveillance resteront également gravées dans nos mémoires. Merci pour ton engagement et ta générosité. Nous garderons de toi le souvenir d’un collègue et d’une personne exceptionnelle.
Céline Reylé
Yannick Mellier a mené une carrière scientifique remarquable, jouant un rôle pionnier dans le développement de la thématique du cisaillement gravitationnel, comme cela a été précisé dans plusieurs témoignages.
Je voudrais souligner ici l'importance de sa contribution à la formation des jeunes à la recherche en astrophysique, qui m'a amené à interagir avec lui à de nombreuses reprises. Il a assuré le cours de cosmologie du master 2 d'Astronomie et d'Astrophysique d'Ile de France pendant plusieurs années, mettant à la disposition des étudiants un polycopié très complet qu'il actualisait à chaque rentrée et partageant avec eux sans réserve sa grande connaissance et sa vision d'ensemble du domaine. De plus, Yannick a encadré avec succès de nombreuses thèses de doctorat, souvent sur des sujets difficiles.
A côté de son intense activité de recherche, il s'est toujours acquitté de ces tâches avec le sérieux, la rigueur, l'engagement et la bienveillance qui le caractérisaient. Dans nos échanges, j'ai toujours apprécié sa grande gentillesse et sa générosité.
Merci Yannick pour tout ce que tu as apporté à notre discipline !
Patrick Boissé
C'est avec une immense tristesse que j'écris ces quelques lignes suite au décès de Yannick Mellier. Yannick était mon collègue, mais aussi mon ami, et ce, depuis presque quarante ans. Nous nous étions rencontrés lors de mes toutes premières visites à Toulouse, à la fin de sa thèse avec Bernard Fort, et surtout avant son départ pour l'IAP. Nous sommes toujours restés en contact depuis, partageant un peu de temps pour discuter au gré des opportunités, lors des colloques ou des réunions, ou simplement en échangeant des mails toujours bienvenus, surtout pendant ces dernières années. Je ne saurais exprimer à quel point il va me manquer.
Yannick a été un collègue inspirant pour plusieurs générations d'astrophysiciens. Il a été parmi les premiers à comprendre l'intérêt fondamental du lensing en cosmologie, et le premier à proposer des expériences concrètes qui ont donné lieu plus tard à l'immense aventure Euclid, le dernier projet dont il a été responsable jusqu'à son décès. Dévoué à son travail, rigoureux, incapable de faire des concessions quand il s'agissait de science, Yannick aura eu une contribution majeure à la cosmologie observationnelle. La communauté lui doit beaucoup, sans compter les résultats attendus d'Euclid qui devraient arriver dans les prochains mois et les prochaines années, résultats auxquels il restera associé à jamais. Peu d’astrophysiciens auront eu un tel impact dans leur domaine. C'est tout simplement un privilège de l'avoir connu.
Yannick était aussi une immense personne. Passionné par l'astrophysique, généreux de son temps et de son savoir-faire, sensible, patient, pugnace, ouvert d'esprit, humaniste, toujours à l'écoute des autres, un sens du collectif rare... Il était une personne gentille et bienveillante, un exemple pour les prochaines générations dans bien des domaines.
Je voudrais exprimer mes condoléances à sa famille et à ses proches. Merci Yannick, pour tout ce que tu as accompli, et aussi pour avoir été là pour nous tous.
Roser Pello
Yannick a été mon directeur de thèse de 2006 à 2009. J'admirai son dévouement à la science et sa vision dans plusieurs domaines. Plusieurs de ses prédictions se sont réalisées, et cela m'a bien aidé dans ma carrière.
Pour l'anecdote, je le croisais parfois vers 5h du matin à l'IAP lorsque je finissais une nuit de travail, et lui commençait sa journée. Et je me souviens avoir fait quelques réunions le dimanche matin, au calme, car le reste du temps, il était toujours sollicité.
Sa disparition est une grande perte pour la cosmologie observationnelle et me rends très triste. J'adresse mes sincères condoléances à sa famille, ses proches, et tous les collègues de l'IAP.
Jean Coupon
Néophyte en la matière, mais néanmoins passionnée d'astrophysique depuis la découverte en 2005, fameuse année mondiale de la physique, des conférences données à l'IAP, j'ai beaucoup appris à l'écoute des interventions de Yannick Mellier, grand et généreux pédagogue dans sa discipline. À sa famille et à ses proches, j'adresse mes sincères condoléances.
Rosine
Je ne suis pas un collègue, j'ai rencontré Yannick en seconde au lycée Vilgénis à Massy.
Dans mes premiers souvenirs avec lui, il y a cette fois où il avait apporté des bandes de pellicules photos noires pour que toute la classe puisse admirer l'éclipse solaire. Bon élève à cheveux courts nous formions une bande de trois redoutable pour les bêtises que nous, deux chevelus, réussissions à lui faire faire. Bon élève, il se passionnait autant pour la philo que pour les maths et la physique de notre filière scientifique. Ensuite, à la fac, il a redoublé une année car, le jour des examens, il était au chevet de Philippe qui venait de faire une tentative de suicide...bon élève mais encore plus bon ami ! Départ à Toulouse, retour à Paris. Quand je réussissais à l'avoir au téléphone ("Tu sais je n'ai jamais le temps de répondre au téléphone, il, faut que tu fasses comme les chinois, envoie moi un mail avant"!) nous nous faisions un restau dans le 14ème...en sortant à 23 heures il ne rentrait pas chez lui mais allait à l'IAP..."J'ai un call avec les américains, il faut que je me dépêche !" Son travail, sa passion était tellement tout que la fois où il a pris une semaine de vacances pour passer du temps avec son petit frère de retour de l'étranger, tout son monde, de Toulouse à Hawaï, s'en était ému !
C'est cette passion qui l'a dévoré ! Manque de sommeil, alimentation hallucinante (barres chocolatées et boisson gazeuse pour tout repas, "je n'ai pas le temps de me faire à manger"!) ne lui avaient pas donné les moyens d'affronter la maladie.
Il, s'est battu, a réussi à la maintenir à distance, à revenir, à obtenir l'autorisation de reprendre à mi-temps (à mi-temps pour Yannick ça voulait dire moitié à l'IAP moitié caché à la terrasse d'un café Bvd Blanqui où il recevait des collègues !).
J'avais réussi à le rencontrer, par hasard, sur ce même boulevard accompagné de son "ange gardien" (merci Eugénie d'avoir été présente et prévenante auprès de lui ces dernières années !) avais pu lui présenter ma compagne, passer un moment ensemble, marche lente et récupération sur un banc...derniers moments après 50 ans d'amitiés !
Dans tes étoiles maintenant laisse tes collègues finir le boulot et prends enfin soin de toi mon grand ami !
Jean-Philippe Hisquin
Un scientifique exceptionnel autour duquel s'est bâti l'un des plus importants programmes de l'IAP, de Terapix à Euclid. Il n'y a rien à ajouter au remarquable hommage publié sur l'internet de l'IAP. Sa disparition prématurée est évidemment une perte majeure pour l'IAP et Euclid, dont il n'aura malheureusement pas vu la publication des résultats majeurs.
Entièrement dédié à la science, profondément sensible, d'un courage inflexible, je l'ai côtoyé pendant 30 ans à l'IAP, avec un point fort il y a 25 ans quand nous avons bataillé sans espoir, de Baltimore à Chicago, pour promouvoir à la NASA la mission Smex Prime, modeste précurseur d'Euclid.
Sa présence à l'IAP restera emblématique et inoubliable pour tous ceux qui l'ont connu.
Alain Omont
Quelle tristesse de perdre un collègue d'une telle gentillesse, d'un tel dévouement pour la Science et d'une telle importance dans la collaboration Euclid. Merci Yannick, pour tous ces échanges que nous avons eus, pour tout ce que tu as fait pour la cosmologie et la mission Euclid, pour ton humanité. Tu laisses derrière toi un héritage immense que nous nous efforcerons, avec grand plaisir, de faire perdurer.
Je n'étais pas né quand tu as été recruté à l'IAP. L'idée d'une mission spatiale pour sonder l'Univers par lentillage gravitationnel a germé dans ton esprit (et celui de tes pairs) très peu de temps après. Arriver dans la collaboration quelques mois après le lancement du satellite dans l'espace, deux décennies de travail plus tard et au milieu de ses bâtisseurs dont tu étais le chef de file, a fait naitre en moi une certaine admiration et un sentiment de grand privilège. C'est notamment ce cadre idéal, parfois en proche collaboration avec toi, qui m'a grandement encouragé à mener au mieux les missions qui m'ont été confiées.
Merci pour ton accueil, ton accompagnement et la grande confiance dont tu me témoignais. Ce fut un plaisir de travailler avec toi.
Merci pour tout Yannick, et bon voyage parmi ces milliards de galaxies !
Tancrède MENARD
Yannick Mellier est l'archétype de l'astrophysicien qui a dedié sa vie à sa passion, sans concession.
Je l'ai rencontré à l'IAP voila 26 ans, quand les premier resultats sur le cosmic shear sont sortis. Certes, il y avait 3 papiers simultanés, mais celui de l'équipe de Yannick a vraiment ouvert une nouvelle ère. A l'époque, on travaillait souvent tard le soir ou le week end. Et on papotait parfois le samedi, parfois en faisant la vaisselle. Selon Yannick, le samedi, il fallait en profiter pour tout remettre bien en ordre :-) C'est vrai, le samedi on pouvait travailler tranquille, avant de faire la vaisselle.
Vers 2003-2004, euphorique à propos des possibilités en antarctique avec un seeing annoncé à 0.3 arcsec (à 30 m de hauteur, avec des mesures en été...), on avait regardé ensemble la possibilité de faire un projet microlensing et cosmic shear. Très vite, il s'est averé que non, pour le shear il fallait bien plus ambitieux, et fait comprendre que l'antarctique c'était pas très realiste. Une bonne leçon pour comprendre la difference entre une utopie, et un vrai projet.
On a alors proposé de faire du microlensing avec d'abord la mission DUNE, puis EUCLID, apres tout, fait du lensing du cosmic shear, au strong lensing et microlensing, ça avait un coté sympa! Finalement, en Mars 2025 on a obtenu des observations du bulbe de notre galaxie, et que nous allons publier bientôt.
Yannick nous a toujours soutenu, pendant toutes ces années. Ce soutien au long terme
a permis à ce projet d'aboutir, presque 18 ans depuis les premieres idées.
Yannick nous a aussi toujours soutenu pour la chasse aux planètes depuis le sol, en particulier dans la periode 2000-2013, meme pour ce qui n'etait pas lié à DUNE ou Euclid. Dans des moments compliqués, son soutien sans faille fut très important pour moi. Ces dernières années, nos échanges étaient par zoom, la dernière discussion fut fin novembre à propos des observations Euclid pour le microlensing. Yannick vivait pour l'astrophysique, il était sur le pont, ne lachant rien.
Décembre 2025 restera un mois noir pour l'IAP. Nous avons perdu Karim,
et en revenant de ses funérailles, nous avons appris le deces de Yannick.
Travailler et vivre à l'IAP, ça veut dire avoir au quotidien des collègues talentueux et passionnés comme Yannick et Karim. Emulation par le travail, un esprit de communauté, bienveillance, nous sommes en fait une famille de scientifiques.
Cette famille a vraiment été frappée très durement ces dernières semaines.
Jean-Philippe Beaulieu, IAP, Euclid Exoplanet Working Group.
Cher Yannick,
je n'oublierai jamais les douze années passées à tes côtés au sein de l'équipe TERAPIX que tu avais réunie à l'IAP, avant que tu dédies ton temps à la mission Euclid et que je parte sur d'autres projets. Ces années ont passé si vite. Tant de bons moments (et quelques différents parfois aussi). Combien de fois t'ai-je dérangé dans ton bureau, dont la porte était alors toujours ouverte, pour confronter nos points de vue sur de minuscules détails techniques ou sur des questions plus personnelles; combien de petits restos du XIVème avons-nous écumés... Malgré tous tes engagements au quotidien tu savais te rendre disponible et tu te démenais avec générosité pour que tes équipiers bénéficient des meilleures conditions de travail possibles.
Ton investissement personnel dans cette vie d'aventure scientifique était total, et celle-ci se termine cruellement tôt.
Merci d'avoir partagé cette aventure avec nous.
Emmanuel Bertin
Memories of Yannick (English version, translation of my previous contribution via ChatGPT)
I owe my first meeting with Yannick to Alain Blanchard, in Toulouse, on the occasion of an improbable foie gras competition between Toulouse and Strasbourg. It must have been early 1995. That was when I discovered the Toulouse dream team, with Yannick, Bernard, Guy, Geneviève, and the younger ones, Jean-Charles and Ludo…
This was also the beginning of my collaboration with Yannick and Ludo, although credit must be given where it is due: it was Ludo who convinced me, a few weeks later (?), at a Rencontres de Moriond meeting, that cosmic shear was not merely a theoreticians’ fancy. A few months later, we met again in Toulouse to move our project forward. That was when I discovered Yannick’s monumental capacity for work: he would start working very early in the morning after only a few hours of sleep, always positive, never weary, attentive to everything, and sometimes disarmingly generous in how selfless he could be. Far from the frugality—indeed, the asceticism—he later displayed, Yannick was at the time a lover of good food and fine wines. His wine cellar held real treasures, and I remember discovering with him some wonderful little restaurants around rue Daguerre after he settled at the IAP. The breadth of his intellectual interests extended well beyond astronomy, encompassing history and philosophy. He introduced me to remarkable works on medieval history and the history of religions.
Working with Yannick also meant discovering another world for me: that of astronomical observations. Yannick’s scientific legacy goes far beyond weak lensing. He was an outstanding observer. He knew the instruments of virtually every telescope on the planet inside out and followed the literature closely. With him, I learned what “air mass” was, the art of making flat fields, and the subtleties of CCD readouts. His commitment to science was total—at times, frankly frightening, so uncompromising was he. Yannick always showed unparalleled selflessness and dedication to the community. I still remember the stacks of observing proposals he evaluated for the TACs on which he served (ESO, CFHT, etc.), scrutinizing them in great detail during the quiet hours of the night.
This period culminated in 2000 with a first publication: the detection of cosmic shear—the gravitational lensing signature of large-scale structure in the Universe. Three papers announcing this discovery were published almost simultaneously. Quite honestly, what Yannick achieved with the CFHT data was by far the most convincing, yet he always insisted that the three papers be cited together.
Like for many of us, meeting Yannick changed the course of my career. He was one of my mentors within the community, from the leadership of the PNC (Programme National de Cosmologie) to that of the IAP, and of course within Euclid. But Yannick was also a victim of his own excesses. Still, in the face of illness, he showed a lucidity that was surprising, even disarming. He never complained about his fate; on the contrary, he accepted it fully. Many of us can only feel sorrow knowing that he will not be able to reap the rewards of his efforts with Euclid, but he himself never expressed the slightest regret. He wanted to efface himself behind the project, and if he took care of everything—unceasingly, to the point of exhaustion—it was not to put himself forward, but to ensure that the project would move ahead in the best possible way. In a sense, he knew that the scientific endeavor was greater than himself.
And that is his legacy: the few pages of the history of science that he wrote, and the many blank pages he leaves for us to complete.
Au revoir Yannick. Thank you for everything you have done.
Francis Bernardeau
Souvenirs de Yannick
C'est à Alain Blanchard que je dois d'avoir rencontré Yannick pour la première fois, à Toulouse, à l'occasion d'une improbable compétition de foies gras entre Toulouse et Strasbourg. Cela devait être début 1995. J'ai découvert à ce moment-là la dream team de Toulouse, avec Yannick, Bernard, Guy, Geneviève et les plus jeunes, Jean-Charles, Ludo…
Cela a aussi été le début de ma collaboration avec Yannick et Ludo, mais il me faut rendre à César ce qui est à César : ce fut Ludo qui me convainquit, quelques semaines plus tard (?), que le cosmic shear n'était pas qu'une lubie de théoriciens, lors d'un meeting des Rencontres de Moriond. On s'est retrouvés quelques mois plus tard à Toulouse pour avancer sur notre projet. Et là, j'ai découvert la capacité de travail monumentale de Yannick : Yannick était au travail dès le petit matin, après quelques heures de sommeil, toujours positif, jamais lassé, attentif à tout, et d'une générosité parfois désarmante tant il pouvait être désintéressé. Loin de la frugalité, voire de l'ascétisme, qu'il a manifestées plus tard, Yannick était amateur de bonne chère et de bons vins. Sa cave contenait des trésors ; et je me souviens d'avoir déniché avec lui de bons petits restos autour de la rue Daguerre après son installation à l'IAP. L'éventail de ses intérêts intellectuels dépassait aussi largement l'astronomie, avec l'histoire et la philosophie. Il m'a fait découvrir des trésors sur l'histoire médiévale ou l'histoire des religions.
Travailler avec Yannick, c'était aussi pour moi découvrir un autre monde : celui des observations astronomiques. L'héritage scientifique de Yannick va bien au-delà du weak lensing. Il était un observateur hors pair. Il connaissait parfaitement les instruments de tous les télescopes de la planète, suivait la littérature avec attention. Avec lui, j'ai découvert ce qu'était l’air mass, l'art de faire des flat fields et les subtilités des lectures de CCD… Et son engagement dans la science était total. À vrai dire, parfois effrayant tant il était sans concessions. Yannick faisait toujours preuve d'une abnégation et d'un dévouement à la communauté sans pareil. Je me souviens encore des piles de demandes d'observation qu'il évaluait pour les TAC dont il était membre (ESO, CFH…) et qu'il examinait en grand détail aux heures creuses de la nuit…
Cette période a culminé en 2000 avec la publication d'une première, celle de la détection du cosmic shear — signature, par effets de lentille gravitationnelle, de la présence des grandes structures de l'Univers. Trois papiers ont été publiés quasi simultanément annonçant cette découverte. Franchement, ce qu'avait fait Yannick avec les données du CFH était de loin le plus convaincant, mais il a toujours insisté pour qu'on cite les trois papiers ensemble.
Comme pour beaucoup d'entre nous, la rencontre avec Yannick a changé le cours de ma carrière. Il a été l'un de mes parrains dans la communauté, de la direction du PNC (Programme national de cosmologie) à celle de l'IAP, et bien sûr au sein d'Euclid. Mais Yannick a aussi été victime de ses propres excès. Il reste que, face à la maladie, il a toujours fait preuve d'une lucidité surprenante, désarmante. Jamais il ne s'est plaint de son sort, l'acceptant au contraire pleinement. Beaucoup d'entre nous ne peuvent qu'être tristes de savoir qu'il ne pourra pas récolter le fruit de ses efforts avec Euclid, mais lui-même n'a jamais exprimé le moindre regret. Il voulait s'effacer derrière le projet et, s'il s'occupait de tout, sans compter, jusqu'à l'épuisement, ce n'était pas pour se mettre en avant, c'était pour que le projet avance au mieux ; d'une certaine manière, il savait que le projet scientifique était plus grand que lui.
Et c'est là tout son héritage : les quelques pages de l'histoire des sciences qu'il a écrites, et les pages encore blanches qu'il nous laisse le soin de compléter.
Au revoir, Yannick. Merci pour tout ce que tu as fait.
Francis Bernardeau
Une Grande tristesse, Yannick Mellier a contribué beaucoup a la cosmologie moderne
depuis ses debuts avec les lentilles gravitationnelles, a continué au long d' années et avec la
mission spatiale Euclid.
Un chercheur et personne humaine, d' une grande qualité, gentillesse et disponibilité.
J'ai beaucoup echangé avec lui et apprecié ses qualités.
Il a montré toujours un grand courage, serenité et dignité, et en particulier face a l'adversité
de la vie.
J'adresse mes très sincères condoleances a la famille, collègues et amis de Yannick Mellier.
Norma Graciela SANCHEZ
The International School and Institute of Astro-Physics Daniel Chalonge - Hector de Vega
pays tribute to Yannick Mellier, the scientist and the human being,
and displays an international memorial.
Yannick Mellier was a speaker at the School's first Paris colloquia in the 1990s.
He demonstrated rigor, originality, clarity, and enthusiasm, combined with great kindness
and openness to all discussions and exchanges, qualities he always maintained.
The Daniel Chalonge-Hector de Vega International School and Institute extends its deepest
condolences to the family, colleagues, and friends of Yannick Mellier.
--
International School and Institute of Astro-Physics Daniel Chalonge - Hector de Vega
L'Ecole Internationale et Institut d'Astro-Physique Daniel Chalonge- Hector de Vega
rend hommage a Yannick Mellier, le chercheur scientifique et la personne humaine,
et affiche un Souvenir tribute international a sa mémoire.
Yannick Mellier a été un conférencier dans les premiers colloques de Paris de
l'Ecole dans les années 90. Il faisait preuve de rigueur, originalité, claireté et
enthusiasme, alliés a une grande gentillesse et disponibilité pour toutes discussions
et échanges, qualités qu 'Il a toujours maintenues .
L'Ecole Internationale et Institut Daniel Chalonge - Hector de Vega presente ses
très sincères condoleances a la famille, collègues et amis de Yannick Mellier.
--
Ecole Internationale et Institut d'Astro-Physique Daniel Chalonge- Hector de Vega
Les souvenirs se mêlent lors de la rédaction de ce témoignage... J'ai eu la chance d'effectuer mes stages de maîtrise et de DEA sous la codirection de Yannick. Son côté très pragmatique dans la vérification des hypothèses m'a beaucoup séduit et a clairement influencé ma manière de penser : sa méthode, très proche de l'ingénierie expérimentale, je la pratique encore largement aujourd'hui. Malgré mon changement de voie les années suivantes, quand je passais le voir toujours "fidèle au poste" à l'observatoire de Toulouse ou à l'IAP, il s'intéressait toujours aux thématiques que, désormais, je développais : il était curieux de tout. Précurseur pas seulement en sciences, je retiens aussi, que, il y a plus de 30 ans, c'était à ma connaissance la seule personne se rendant au travail en vélo : un comportement écologiste avant l'heure. Je retiens aussi sa première station de travail PC sous GNU/Linux dès 1994 : il était déjà promoteur d'une certaine indépendance technologique. Sa production en vulgarisation scientifique, "chronique de l'espace-temps", réalisée avec Alain et Guy, porte à jamais son paraphe dans ma bibliothèque. Tardivement, le petit écran lui avait aussi offert une vitrine où j'avais eu plaisir à le retrouver : l'espace d'un instant, entendre son timbre de voix si caractéristique me remémorait ces moments où la passion rencontrait la pensée.
Emmanuel Quémener
Reposez en paix Yannick vous avez été le meilleur chef que j’ai jamais eu toujours attentionné avec des mots gentils
Singsengsouvanh
Cher Yannick,
Bien qu'ayant quitté la fonction publique depuis de nombreuses années, je n’oublie pas les bons souvenirs que j'ai de toi et de TeraPix. J'éprouve une grande fierté d'avoir fait partie de l'équipe entre 2007 et 2011; c'est sans aucun doute ma plus belle expérience professionnelle.
J'ai eu la chance de collaborer avec des collègues exceptionnels, animés par leur passion, et je me souviens avec admiration de ton leadership au sein du laboratoire. L’annonce de ta disparition m’a profondément attristé.
Puisses-tu reposer en paix.
Mathias Monnerville
J’ai connu Yannick Meillier en 2004, en tant que professeur à l’IAP alors que j’étais en Master 2 d’Astrophysique et méthodes associées à l’université Paris 7 D. Diderot et l’observatoire de Paris-Meudon. J’ai perçu, lors du cours de Yannick en Cosmologie, en particulier sur les lentilles gravitationnelles, une immense maîtrise du sujet, un caractère posé, rigoureux, bienveillant, passionné et passionnant. Je souhaite témoigner mon profond respect, ma gratitude, ma grande tristesse, ainsi que mes pensées de soutien envers ses proches. La communauté d’astrophysique bénéficiera longtemps encore des apports déterminants de Yannick Mellier.
CONSTANTIN Pierre
Yannick, c'est avec beaucoup d'émotion que je viens d'apprendre ton départ.
J'ai eu la chance de travailler dans ton équipe Terapix de 2002 à 2005. J'ai découvert durant ces années combien tu étais passionné par ta quête, travaillant avec une intensité hors du commun.
Malgré cet emploi du temps surchargé, tu trouvais souvent un petit moment pour discuter et prendre des nouvelles. Et c'était avec plaisir que j'échangeais avec toi, dans un cadre plus large, sur les aspects épistémologiques de la matière noire et de l'énergie sombre. Nous parlions des dernières parutions sur ces questions et tu éclairais le débat de ta culture historique et philosophique.
Tu m'as permis de réaliser ce qui était pour moi un rêve, en m'approchant de grands projets et de grands instruments.
Lors de mon départ, tu m'as généreusement offert l'intégralité du Vocabulaire des philosophes, que je conserve précieusement.
Ce vendredi encore, je découvrais fortuitement, dans ton interview de 2009 à l'occasion de la réception de la médaille d'argent du CNRS, que nous avions en commun ce moment fondateur, ce séisme émotionnel comme tu le décrivais si bien, qu'est la vision de Saturne dans l'oculaire d'un instrument.
Tu auras parcouru bien du chemin depuis ce étincelle juvénile, nous léguant un projet fantastique, Euclid, avec tes travaux et toutes tes questions.
Toi qui voulais tant lever le voile de l'Univers sombre, te voilà aujourd'hui retourné aux étoiles.
Avec la satisfaction d'avoir fait progresser notre quête sur l'Univers, et dans l'assurance que tes recherches seront poursuivies.
Tu resteras bien vivant dans nos mémoires.
Merci pour tout, Yannick.
Gérard TISSIER
Je partage pleinement la grande peine de toute une communauté suite au décès de Yannick. Pour ceux et celles qui l’ont connu récemment, en tant que PI scientifique de la mission Euclid, je voudrais rappeler que sa carrière scientifique a commencé à Toulouse, en 1984 quand il est arrivé pour faire une thèse avec Bernard Fort. Ayant démarré ma thèse un an plus tard, moi aussi avec Bernard, nous avons travaillé ensemble dans un esprit d’équipe chaleureux et exaltant. Et c’est grâce à la confiance que nous a faite Bernard que Yannick et moi avons eu la chance et l’honneur d’observer sur le 3.6m de l’ESO à La Silla pour collecter, de manière acrobatique, le spectre du premier arc gravitationnel. Ce qui a permis de démontrer de manière définitive que ces arcs étaient bien dus à un effet de lentille gravitationnelle, assez inattendu à l’époque. L’émotion partagée dans la salle de contrôle du télescope était incroyable. La saga scientifique et médiatique était lancée ! Yannick n’a plus jamais lâché la science des lentilles gravitationnelles, qui a trouvé son aboutissement avec Euclid, satellite de l’ESA lancé le 1er juillet 2023.
Yannick a soutenu sa thèse en 1987, à l’Université Paul Sabatier. Il est resté à Toulouse jusqu’en 1996 pour rejoindre ensuite l’IAP. Et se lancer dans l’aventure de Terapix puis celle d’Euclid. A Toulouse il a formé de nombreux jeunes, qui ont ensuite fait de brillantes carrières: Jean-Paul Kneib (directeur du laboratoire d’astrophysique à l’EPFL en Suisse) puis Henri Bonnet (ingénieur en optique adaptative à l’ESO sur l’ELT) puis Ludovic van Waerbeke (professeur à l’Université British Columbia au Canada); sans compter d’autres, qui gravitaient autour du groupe de jeunes que nous formions tous ensemble, je pense en particulier à Roser Pello, une autre compère de l'époque. Yannick, par ses horaires « démesurés » était toujours là pour être de la partie quand il s’agissait de partager bonne chère et bons vins. Il était fin connaisseur et très gourmand.
Au cours de ces années il a tissé de nombreuses amitiés, profondes et durables et n’a jamais oublié « ses années toulousaines ».
Je n’ai pas grand chose de plus à en dire, juste une immense tristesse.
Geneviève Soucail
J'ai connu Yannick lorsqu'il était en DEA, au milieu des années 1980, puis partagé avec lui et ses collaborateurs la découverte de la nature des arcs géants lumineux. Yannick a toujours montré une immense ambition scientifique qu'il a réalisé avec le succès d'Euclid, et une immense gentillesse qu'il a toujours su partager avec toutes et tous.
Au revoir Yannick, tu nous manqueras beaucoup!
François Hammer