Comment devient-on astronome ?

Pierre Léna
Directeur de l’Ecole doctorale Astronomie & Astrophysique d’Ile-de-France
Université Denis-Diderot (Paris VII) & Observatoire de Paris

Canada France Hawaii Telescope

Chacun a en tête, dans l’Etoile mystérieuse d’Hergé, un personnage d’astronome : un homme, âgé, un peu farfelu, observant à l’oeil nu dans une lunette près de chez lui. Cette image d’Epinal n’a plus aucun rapport avec la réalité du métier. L’astronomie, dans le dernier demi-siècle, a radicalement changé, sauf dans sa popularité auprès des élèves, des étudiants et du grand public, toujours avides de comprendre les découvertes et l’univers où ils vivent.

La plupart des observatoires ont migré loin des villes, au Chili ou dans l’espace. Longtemps triomphante dans la mécanique céleste, l’astronomie s’est ouverte à la physique la plus moderne, à la chimie, la géologie ou la biologie. L’extraordinaire progrès de ses outils s’appuie sur l’optique, sur la micro- et nano-électronique, l’informatique, la robotique, l’intelligence artificielle, les matériaux nouveaux, toute la gamme des technologies. Enfin, la nécessité de conjuguer les compétences de disciplines multiples tout comme l’intérêt du public et des étudiants ont rapproché les lieux traditionnels d’exercice du métier d’astronome — des observatoires souvent isolés — des campus universitaires où sont désormais installés la plupart des laboratoires.

Les astronomes professionnels ont accompagné cette évolution : ils sont plus souvent des femmes, plus intégrés à la vie universitaire dans des carrières d’enseignant-chercheur, plus souvent chargés d’enseigner ou de faire partager leur savoir. La frontière entre ingénieur et chercheur est souvent floue, voire inexistante dans les statuts d’organismes comme le Commissariat à l’énergie atomique, qui compte un important Service d’astrophysique. Les astronomes ont toujours eu une riche tradition d’échanges, et la globalisation de leur activité est devenue une caractéristique majeure du métier, qui utilise des observatoires sur toute la Terre ou dans l’espace, construisant des programmes de recherche internationaux, échangeant via Internet.

La France compte près d’un millier de chercheurs et ingénieurs dont l’activité est directement liée à la recherche astronomique. A ceux-là s’ajoutent environ autant de techniciens et personnels de support dans les laboratoires et observatoires. La quasi-totalité de ces personnels est employé par l’Etat (fonction publique ou contractuels), un petit nombre l’est dans des organismes internationaux tel l’Observatoire européen austral ou l’Agence spatiale européenne. Les profils professionnels sont extrêmement divers et il n’y a donc pas une unique filière de formation. Devenir chercheur proprement dit se fait par une voie relativement étroite : le doctorat, qui qualifie pour un recrutement par une Université, par le CNRS, par le Corps des astronomes (une vénérable institution créée pour assurer des services fondamentaux, tels l’heure, la mesure des longitudes, les éphémérides astronomiques et bien d’autres tâches essentielles, aujourd’hui diversifiées). On délivre annuellement en France environ 80 doctorats spécialisés en astronomie, auxquels s’ajoute sans doute un nombre égal de doctorats liés aux technologies évoquées plus haut. Ces doctorats se préparent dans des Ecoles doctorales d’un certain nombre de grandes Universités (Ile-de-France, Grenoble, Toulouse, Lyon, Bordeaux, Strasbourg...) : un an de préparation du Diplôme d’études approfondies (DEA) suivi de 3 ans de recherches couronnés par la soutenance d’une thèse, le plus souvent vers 27-28 ans.

Les jeunes qui suivent cette voie, sélectionnés sur leurs aptitudes mais aussi sur leur passion souvent très ancienne pour l’astronomie, sont d’origines variées, français mais aussi étrangers, issus de filières d’ingénieurs ou universitaires, avec des goûts et des aptitudes qui reflètent la diversité des profils requis par l’astronomie. Ensuite, près de la moitié d’entre eux entreprend un séjour de recherche, dit post-doctoral, de deux ou trois années dans un autre laboratoire, souvent à l’étranger et particulièrement aux Etats-Unis, acquerrant ainsi une précieuse expérience internationale, au prix d’études encore prolongées.

L’insertion professionnelle est, dans cette filière comme dans bien d’autres, un moment de la vie qui n’est pas toujours aisé. Au plus une trentaine de postes " d’astronome " sont ouverts chaque année en France, le plus souvent par concours ; s’y ajoutent des possibilités de carrière dans des organismes internationaux ou étrangers. Beaucoup de jeunes, après avoir ainsi pratiqué l’astronomie pendant le doctorat, doivent donc valoriser leur riche expérience de la recherche, de la publication, des technologies associées auprès d’employeurs divers. Il semble qu’ils y parviennent fort bien. A titre d’illustration, voici quelques parcours de jeunes docteurs diplômés il y a deux ou trois ans : maître de conférences en Université, chargé de recherches au CNRS, chercheur à l’Observatoire de Genève, agent de développement de nouvelles technologies pour l’éducation en IUFM, chercheur à la SAGEM, ingénieur chez IBM, à la SNECMA ou chez Matra Marconi, ou encore à l’Institut géographique national, au Centre national d’études spatiales, journaliste scientifique, directeur de Planétarium....

Comme la musique, l’astronomie ne peut être hélas ! pratiquée professionnellement par tous ceux qui l’aiment. Au moins constate-t’on que ceux qui l’ont ainsi fréquentée ne le regrettent pas, et considèrent souvent, tout au long de leur vie, que ces années leur ont été précieuses.

Référence :

Sites web des Ecoles doctorales :

http://www.iap.fr/sf2a/dea.html